Actualité de la recherche scientifique – août 2019

AXE 1 – Évaluation des espaces de travail

Après deux années de recherche, nous entamons la dernière phase d’élaboration et de lancement d’un outil qui visera à soutenir la construction d’une compréhension partagée sur l’existant et son possible réalisable, c’est-à-dire son potentiel. L’angle d’analyse opérationnelle retenu s’organise autour de la problématique de l’appropriation de l’espace, au sens d’« espace approprié » et d’« espace appropriable ».

Frédérique Mansoux, directrice du programme Génie Le Lab, et François Hubault, directeur scientifique de cette recherche, se sont entourés de l’ergonome Sandro de Gasparo pour concevoir un outil « dialogique » d’aide à la décision et à l’action.  Il devra être robuste conceptuellement avec des qualités de simplicité d’utilisation et de portabilité, pour tout secteur ou type d’entreprise confondu. Il ne s’agit donc pas de produire un énième outil de contrôle qui manipule des « métriques » en vue d’une certification.

L’outil s’adresse à l’ensemble des acteurs de l’immobilier, concernés par la qualité et la pertinence des espaces de travail aménagés et convaincus de l’importance de développer la valeur immatérielle de l’espace comme ressource pour l’activité, au regard de leurs pratiques professionnelles. Ils peuvent être investisseurs, constructeurs, maîtres d’œuvre, consultants, preneurs, occupants ou exploitants. Cet outil d’évaluation est au service d’une « capacité d’action accrue » pour l’ensemble de ces acteurs, à qui il devra permettre de peser dans les arbitrages dominés actuellement par les critères financiers.

AXE 2 – Prise en compte du travail dans la transformation des bureaux

A l’issue de près de trois ans d’enquête, nous finalisons le travail de terrain via une campagne d’entretiens menée auprès des acteurs impliqués dans la transformation des espaces de travail : chefs de projets, responsables immobiliers, consultants, mais aussi responsables des ressources humaines et directeurs de site.

A l’approche de la rédaction, le temps est donc à la construction du plan de la thèse. Comme donnée d’entrée : la volonté de rendre visible la manière dont l’activité est prise en compte (ou pas) à différents niveaux : celui des modèles d’aménagements, celui de la stratégie globale des entreprises, celui des projets de conception, et enfin celui de l’usage des espaces.

Le travail de rédaction devrait durer un an, pour aboutir à un manuscrit de 300 à 400 pages à l’été 2020, en vue d’une soutenance à l’automne. Mais attention : il ne s’agit pas là d’un simple exercice littéraire. En sciences sociales, c’est souvent à l’épreuve de l’écriture que l’on voit ce qui « marche » et ce qui ne marche pas, et que l’on fait parfois les découvertes les plus riches. Un travail qui reste donc à suivre…

AXE 3 – Expérimentation de services aux travailleurs nomades

L’année dernière, nous quittions notre tiers-lieu et terrain d’expérimentation Bureaulib Dupleix pour rassembler nos équipes dans un nouveau siège au centre de Paris. Ces locaux intègrent désormais Bureaulib Vendôme, un espace de coworking interne et externe pensé comme un appartement, qui poursuit les réflexions entamées sur les outils et les services aux pratiques de travail nomade et collaboratif. Pour l’aménagement de nos nouveaux bureaux tout n’est pas installé, laissant la liberté de repenser les lieux dans l’usage et de mettre en place progressivement les services à l’activité.

Constamment, nos recherches et discussions débouchent vers l’invention et le test de nouvelles solutions innovantes. Avant, pendant et après un événement, une réunion, ou un atelier, notre objectif est de faciliter la performance collective et d’améliorer le confort des utilisateurs.

AXE 4 – Usages de la créativité en entreprise

Cette année, le doctorant en sociologie Edouard Chamblay ouvre un nouvel axe de recherche au sein de Génie Le Lab. Sa thèse porte sur les usages sociaux de la créativité en entreprise à travers l’étude des dispositifs de gestion censés détecter et favoriser la capacité créative des travailleurs. On y retrouve le hackathon, le design thinking, les salles de créativité, les stratégies RH ou encore les résidences d’artistes. La mission d’Edouard Chamblay est d’analyser leur naissance et leur diffusion, de saisir les représentations sociales qui les entourent et d’observer leurs effets dans les entreprises.

Cette thèse est reliée au CNAM et co-dirigée par la sociologue Isabelle Berrebi-Hoffmann et l’ergonome Corinne Gaudart, qui mettent toutes deux en avant le sujet de la créativité au travail dans leurs disciplines respectives. Elles assureront le pilotage stratégique et scientifique de ce projet de thèse en y posant des regards méthodologiques et théoriques complémentaires.

La créativité au travail est ici entendue comme une prénotion polysémique, impliquée dans des croyances, des discours, des interactions et des pratiques du monde de l’entreprise. Comme le rappelle le sociologue Andreas Reckwitz à une échelle plus large, ce n’est « pas simplement un phénomène sémantique superficiel, mais plutôt un principe crucial d’organisation des sociétés occidentales depuis trente ans environ » qui s’entrevoit comme une norme.

Bibliographie

François HUBAULT & Frédérique MANSOUX, « Démarche de conception d’un dispositif d’évaluation des espaces de travail » dans la rubrique Le Lab du site GéniedesLieux.fr

Marie-Anne DUJARIER, Le Management désincarné. Enquête sur les nouveaux cadres du travail, Paris, La Découverte, 2017.

Pascal BÉGUIN, « Prendre en compte l’activité de travail pour concevoir », Activités, vol.4, n°2, 2007, pp.107-114.

Andreas RECKWITZ, The Invention of Creativity : Modern Society and the Culture of the New, Malden, Polity, 2017.

2019-08-09T10:27:35+01:00